Document de travail
Où va la dette du Gabon d’ici 2030
En partant du chiffre de l’audit, nous simulons la dette jusqu’en 2030 sous plusieurs hypothèses, et nous montrons ce qui pèse le plus sur sa trajectoire.

Résumé
Six résultats
Selon l’audit publié en septembre 2026, l’État devait 9 524,6 milliards de FCFA à la fin de 2025, soit 68,9 % du PIB. Nous partons de ce chiffre et simulons la dette jusqu’en 2030, 20 000 fois, en faisant varier la croissance, les prix, le pétrole, les taux et le dollar. Dans tous les scénarios testés, la dette remonte. Ces chiffres dépendent de nos hypothèses. Ce ne sont pas des prévisions, et ils ne mesurent pas l’effet d’un programme du FMI.
La dette remonte dans tous les scénarios. Elle passerait de 68,9 % du PIB fin 2025 à 74 % fin 2026 et 79 % fin 2027. En 2030, elle atteindrait 92 % avec une aide à taux réduit et un effort budgétaire, et 101 % sans eux. Chaque année, entre 73 et 77 % des trajectoires simulées dépassent le plafond de 70 % du PIB fixé par la CEMAC, même avec l’aide et l’effort.
L’effort budgétaire est le levier le plus fort, s’il freine peu la croissance. Améliorer le solde du budget de 1 point de PIB par an à partir de 2028 réduit la dette de 2030 de 6,3 points. Une aide à taux réduit ne la réduit que de 3,0 points. Mais si l’effort ralentit la croissance, avec un multiplicateur de 1, son effet tombe à 3,1 points.
La dette apparue hors du déficit pourrait peser plus que l’effort. Dans le passé, 4 à 7 points de PIB de dette sont apparus chaque année sans passer par le déficit. Si cela continuait à la moitié de ce rythme, la dette de 2030 serait plus haute de 10 points. Au rythme passé, elle atteindrait 113 % du PIB.
Les paiements en retard dépassent ceux du bulletin, et ils augmentent. Une circulaire du gouvernement, citée par Reuters, compte 1 094,6 milliards de retards fin 2025 et 1 198,8 milliards fin juin 2026. Si la part qui dépasse les 459,5 milliards du bulletin n’est pas dans le chiffre de l’audit, la dette de fin 2025 passe à 71,4 à 73,5 % du PIB, au-dessus du plafond. Celle de 2030 serait plus haute de 3,7 à 5,6 points, et de 11,2 points si les retards continuaient d’augmenter au même rythme.
Notre méthode a sous-estimé la dette dans le passé. Rejouée sur 14 éditions des prévisions du FMI, avec les seules données connues à chaque date, elle sous-estime la dette de 21 points de PIB à trois ans et de 35 points à cinq ans. Presque tout l’écart vient de la dette apparue hors du déficit. En la prenant en compte, l’erreur est divisée par deux.
Le financement est le point fragile. Chaque année, l’État doit emprunter environ 20 % du PIB pour rembourser ce qui arrive à échéance et couvrir le déficit. Si le marché extérieur se fermait en 2028 et 2029, il faudrait accumuler 2 538 à 4 280 milliards de paiements en retard. Les intérêts passeraient de 487,6 milliards en 2026 à 926 milliards en 2030 avec l’aide et l’effort, et à 1 187 milliards sans eux.
Mots-clésdette publique · soutenabilité de la dette · simulation de Monte-Carlo · ajustements stocks-flux · test sur le passé · CEMAC · Gabon
Méthodes
Comment nous simulons la dette
Chaque chiffre de l’article est écrit par un script à partir des sources archivées. Une vérification refait les calculs deux fois et confirme que les résultats sont identiques.
Le principe. Chaque année, la dette augmente du déficit et des factures en retard payées par emprunt, et varie avec le dollar. Le PIB varie avec la croissance, les prix et le pétrole. Une partie de la dette est remboursée chaque année et réempruntée au taux du moment. Ces grandeurs ne sont pas connues d’avance. Nous les tirons donc au hasard 20 000 fois selon leurs variations passées, à partir du budget 2026 et du projet de budget 2027. Le texte donne la valeur du milieu. Les tableaux donnent aussi la fourchette qui contient huit trajectoires sur dix.
Les scénarios. Sans aide ni effort, le solde hors intérêts suit le projet de budget 2027 et l’État emprunte au prix du marché. Avec aide et effort, l’État reçoit 600 milliards d’aide par an de 2027 à 2029 à 3,5 %, emprunte 1,5 point moins cher sur les marchés et améliore son solde de 1 point de PIB par an à partir de 2028, jusqu’à +1,5 % du PIB. Seul le montant de l’aide pour 2027 figure dans un document. Le reste, ce sont nos choix. Tous les scénarios utilisent les mêmes 20 000 tirages : les écarts entre eux viennent donc seulement des hypothèses.
Ce que le modèle de base suppose, puis lève. L’effort budgétaire n’a pas d’effet sur la croissance, l’État trouve toujours des prêteurs et aucune dette n’apparaît hors du déficit. Trois compléments lèvent ces hypothèses une à une, sous forme de scénarios : un multiplicateur de 0 à 1,5 ; quatre tensions sur le financement (une prime de risque qui monte avec la dette, une hausse des taux mondiaux, la fermeture du marché extérieur en 2028 et 2029, une restructuration en 2028) ; et de la dette apparue hors du déficit à la moitié ou à la totalité de son rythme passé.
Le test sur le passé. La méthode est rejouée sur 14 années de départ, tirées de 37 éditions des Perspectives de l’économie mondiale du FMI (avril 2008 à avril 2026), avec les seules données connues à chaque date. Elle est comparée à ce qui a été observé ensuite, aux prévisions du FMI lui-même et à un ratio constant.
Résultats
En quatre chiffres
Dette en part du PIB en 2030, valeur du milieu de 20 000 trajectoires.
92 %
avec une aide à taux réduit et un effort budgétaire à partir de 2028. Huit trajectoires sur dix entre 50 et 150 %.
101 %
sans aide ni effort.
113 %
avec l’aide et l’effort, si de la dette continuait d’apparaître hors du déficit au rythme passé.
35 pts
de sous-estimation de la dette à cinq ans, quand la méthode est rejouée sur les prévisions passées du FMI.
À garder en têteCes écarts viennent du modèle. L’aide après 2027, son taux et l’effort budgétaire sont nos hypothèses, pas des engagements connus. L’effet de l’effort sur la croissance n’est pas mesurable pour le Gabon : nous le testons à part. Les coûts sociaux ne sont pas chiffrés. Le chiffre de départ lui-même n’est connu que par la presse, et son contenu n’est pas détaillé.
Pour la décision
Ce que chaque choix change
Repris de l’encadré et du tableau de la deuxième section de l’article.
Préparer le budget 2027 en supposant que la dette remonte. Un effort budgétaire durable freine cette hausse, d’autant plus qu’il pèse peu sur la croissance. Il ne suffit pas si de la dette continue d’apparaître hors du déficit, comme par le passé. Avant de compter sur une marge sous le plafond de la CEMAC, demander un tableau qui relie le chiffre de l’audit à celui du bulletin de la dette et aux paiements en retard, puis, chaque année, un tableau qui explique l’écart entre le déficit et la hausse de la dette. Préparer aussi le financement : l’État doit emprunter environ 20 % du PIB chaque année.
| Choix | Ce que cela demande | Effet sur la dette de 2030 |
|---|---|---|
| Améliorer le solde du budget dès 2028 | 1 point de PIB par an, jusqu’à +1,5 % du PIB | 6,3 points de moins, ou 3,1 si l’effort freine la croissance (multiplicateur de 1) |
| Obtenir une aide à taux réduit | 600 milliards par an de 2027 à 2029, à 3,5 % | 3,0 points de moins |
| Limiter l’aide à 2027 | Une seule année d’aide | 0,6 point de plus que l’aide sur trois ans |
| Payer les factures en retard en deux ans | 29 milliards d’intérêts en plus sur cinq ans | 0,2 point de plus |
| Arrêter les nouveaux retards de paiement | Payer à l’échéance, et publier le détail des retards | Évite 5,6 points de plus si les retards de la circulaire continuaient d’augmenter |
| Arrêter l’apparition de dette hors du déficit | Relier chaque année le déficit à la hausse de la dette, et expliquer l’écart | Évite 10 à 21 points de plus (moitié ou totalité du rythme passé) |
Avec l’article
Note et simulateur
Publiés avec l’article le 17 octobre 2026, mis à jour le 21 octobre avec le texte du projet de budget 2027 et la circulaire sur les retards.
- Quel chiffre retenir pour la dette du Gabon ? (2 pages, français, 21 octobre 2026)
Note de décision. D’où vient le chiffre de l’audit, pourquoi il n’est pas encore relié au bulletin de la dette, les documents à demander avant le budget 2027, et ce que changent les scénarios. - Which figure should be used for Gabon’s debt? (2 pages, anglais, 21 octobre 2026)
La même note de décision en anglais. - Simulateur de la dette du Gabon
Le modèle de l’étude, ouvert à vos hypothèses : effort budgétaire, aide, coût des emprunts, factures en retard, effet sur la croissance et dette apparue hors du déficit.
Références
Sources principales
L’article en cite 23 ; la liste complète, avec les liens, est dans le PDF.
- FMI. Communiqué de presse, IMF Staff Concludes Visit to Gabon, 26 septembre 2026.
- Gabonreview. Dette publique : l’audit efface plus de 2 175 milliards de FCFA de l’estimation initiale, 15 septembre 2026.
- Gabon Media Time. La dette publique officiellement arrêtée, 15 septembre 2026.
- Gabonreview. Dette publique : le Gabon doit 8 780 milliards de FCFA à fin décembre 2025, 17 juillet 2026.
- Banque mondiale. Revue des finances publiques du Gabon 2026, septembre 2026.
- FMI. Gabon : consultation au titre de l’article IV 2024, rapport no 24/144, mai 2024.
- Gabon Media Time. Financement du PLF 2027, et intérêts de la dette dans le PLF 2027, 22 et 24 septembre 2026.
- Ecomatin. Appuis budgétaires visés en 2027, 22 septembre 2026.
- FMI. Perspectives de l’économie mondiale, éditions d’avril 2008 à avril 2026, utilisées pour le test sur le passé.
- République gabonaise. Projet de loi de finances pour 2027, texte du 26 septembre 2026.
- Sika Finance. Les arriérés de dette atteignent 1 198,8 milliards FCFA à fin juin 2026, 20 octobre 2026.
Hodologic Research (2026). Où va la dette du Gabon d’ici 2030. 17 octobre 2026, 32 p.